Publications /
Opinion

Back
Focus sur le gazoduc Maghreb-Europe
September 15, 2021

La récente rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc a remis au centre de l’actualité un important projet gazier, le gazoduc Maghreb-Europe (GME), dont on ne parlait plus beaucoup depuis un bon moment. Qu’est-ce que le GME et que représente-t-il en termes de flux gaziers ?

Trois gazoducs pour exporter le gaz algérien vers l’Europe

Le GME fait partie d’un ensemble de trois gazoducs qui relient l’Algérie, pays producteur et exportateur de gaz naturel, à l’Union européenne (UE). Par ordre chronologique de mise en service, le premier d’entre eux est le gazoduc TransMed (trans-méditerranéen) qui dessert le marché italien. Le deuxième est le GME qui approvisionne la péninsule ibérique (Espagne et Portugal). Le troisième est le Medgaz qui relie l’Algérie à l’Espagne. Le TransMed fonctionne depuis 1982, le GME depuis 1996 et le Medgaz depuis 2011. A Alger, le TransMed est appelé officiellement le gazoduc Enrico Mattei (GEM), en hommage à l’ancien patron du groupe énergétique italien Eni, partenaire de la Sonatrach algérienne pour ce gazoduc, et le GME le gazoduc Pedro Duran Farrell (GPDF), en hommage à l’ancien patron de la société espagnole Gas Natural. Le Medgaz est aussi le GZ4.

L’Algérie avait envisagé la construction de deux autres gazoducs vers l’UE, le Galsi et le Nigal ou gazoduc trans-saharien. Le premier devait exporter du gaz algérien vers l’Italie et le second devait partir du Nigeria puis traverser le Niger, l’Algérie et la Méditerranée pour arriver en Europe. Pour ce dernier projet, le pays exportateur serait le Nigeria. Mais ces deux projets n’ont pas été réalisés à ce jour. Ils ne sont cependant pas abandonnés officiellement.

Parmi les gazoducs existants, il y a deux générations. La première comprend le TransMed/GEM et le GME/GPDF : dans les deux cas, ces gazoducs transitent par un pays tiers avant d’arriver dans l’UE. Pour le premier, ce pays est la Tunisie et, pour le second, le Maroc. Le Medgaz/GZ4 est de seconde génération, car il relie directement l’Algérie à l’Espagne. Le Galsi devait lui aussi faire partie de cette seconde génération mais, comme rappelé ci-dessus, il n’a pas été construit faute d’une demande suffisante de gaz sur le marché italien. Le GME/GPDF est un projet particulièrement complexe car il associe quatre pays, l’Algérie, le Maroc, l’Espagne et le Portugal.

Une forte baisse des volumes de gaz transportés par le GME dans la période récente

Selon la société nationale marocaine ONHYM (Office National des Hydrocarbures et des Mines), les volumes de gaz naturel ayant transité par le GME en 2019 étaient de 5,4 milliards de mètres cubes, en forte baisse (-43,2%) par rapport à 2018 (9,5 milliards de mètres cubes). La redevance pour le Maroc a chuté dans des proportions similaires (-43,9%) et s’établissait à 381,63 millions de mètres cubes en 2019 (680,43 millions de mètres cubes en 2018). Ce gazoduc a permis à l’Office National de l’Electricité et de l’Eau Potable (ONEE, Maroc) de disposer en 2019 de 300 millions de mètres cubes de gaz pour les deux centrales thermiques de Tahaddart et d’Aïn Beni Mathar (388,60 millions de mètres cubes en 2018). La forte diminution des volumes de gaz transportés en 2019 s’explique par une moindre consommation en Europe et par une préférence pour le gaz naturel liquéfié (GNL) transporté par bateau.

La Sonatrach évalue la capacité de transport de ses trois gazoducs d’exportation existants vers l’UE à 53-57 milliards de mètres cubes (on peut trouver ces deux chiffres sur le site internet de la société nationale algérienne). Pour le TransMed/GEM, la capacité est de 33,15 milliards de mètres cubes par an. Pour le GME/GPDF et le Medgaz/GZ4, les capacités de transport sont de 11,6 et de 8 milliards de mètres cubes/an respectivement. Mais, du fait d’une demande gazière assez faible sur les marchés européens, ces trois gazoducs n’ont livré que 26-27 milliards de mètres cubes en 2019, selon la Sonatrach.

Avant la récente crise diplomatique entre l’Algérie et le Maroc, la Sonatrach travaillait sur l’extension du GME/GPDF, sur celle du Medgaz/GZ4 et sur la liaison entre les deux en vue d’assurer la continuité et la flexibilité de l’approvisionnement en gaz naturel de la péninsule ibérique. En juillet 2021, la compagnie nationale algérienne et la firme espagnole Naturgy ont indiqué que la capacité du Medgaz atteindrait 10 milliards de mètres cubes/an au cours de l’automne 2021 après la fin des travaux d’expansion de 2 milliards de mètres cubes/an. Medgaz devrait alors représenter 25% du gaz naturel consommé par l’Espagne, avaient précisé ces deux sociétés. Medgaz est contrôlé par la Sonatrach (51%) et par Naturgy (49%).

L’importance croissante du GNL

Pour l’Algérie, l’UE est de loin son premier marché pour ses exportations gazières. Outre les trois gazoducs d’exportation évoqués ci-dessus, ce pays dispose d’une autre option, le GNL. L’Algérie compte quatre complexes de liquéfaction de gaz sur sa côte méditerranéenne, GL1Z, GL2Z, GL3Z et GL1K. De son côté, le Maroc envisage depuis plusieurs années l’importation de GNL sur son territoire, un projet qui pourrait être achevé avant la fin de cette décennie. L’horizon 2028 est évoqué par le ministère marocain de l’Energie, des Mines et de l’Environnement (MEME). Ce projet a été reporté de plusieurs années par rapport aux plans originels du fait, notamment, du développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, selon les explications avancées par le Département de l’Energie, des Mines et de l’Environnement.

Le contrat de transit du gaz algérien via le Maroc grâce au GME expire à la fin octobre 2021. Tout récemment, le ministre algérien de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, a indiqué que l’Algérie n’aurait plus forcément besoin du GME/GPDF pour exporter son gaz vers l’Espagne, en particulier grâce à l’expansion du Medgaz.

Le compte à rebours a-t-il commencé pour le GME, l’un des rares projets emblématiques d’une coopération énergétique au Maghreb ?

 

Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que leur auteur.

RELATED CONTENT

  • February 18, 2026
    Following Donald Trump’s statements asserting that the United States should acquire Greenland, fundamental questions about sovereignty, alliances, and the authority of international law have resurfaced. The Greenland case reveals the tensions between security imperatives, alliance cohes...
  • Authors
    February 12, 2026
    Divergent regulatory regimes for data, driven by different motivations, ranging from privacy protection in the European Union to information control in China, could eventually produce distinctively different, and possibly contradictory, bodies of data. Artificial-intelligence models trained on those datasets could produce differing and possibly even conflicting outputs. To the extent that AI outputs start to shape human perception and to influence decisions, in governments and ...
  • January 30, 2026
    En 2019, Donald Trump a proposé d’acheter le Groenland, déclenchant un refus catégorique du Danemark et une tension diplomatique transatlantique. Cette initiative reflétait l’intérêt stratégique et économique des États-Unis pour l’Arctique et ses ressources. L’épisode a mis en lumière l...
  • Authors
    December 18, 2025
    The return of President Donald Trump to the White House at the start of 2025 was expected to signal an American retreat from international engagement, especially in regions of traditional security interest, such as southern Europe, North Africa, and the Middle East. To the surprise of many observers around the Mediterranean, and perhaps to the dismay of some in the Trump administration’s ideological orbit, this has not happened. If anything, the second half of 2025 has seen a high d ...
  • Authors
    December 16, 2025
    An unusual gesture indeed—the dictator, more often than not a recluse, withdrawn behind his fortress and protected by 1.2 million armed soldiers, finally admitted what had long been seen on the battlefield in Ukraine and by spy satellites far above. North Korean soldiers—possibly 12,000 of them—are fighting on front lines alongside Russian troops, and they are falling or being wounded; some 4,000 men so far, by current estimates.  ...
  • October 23, 2025
    Depuis plus de trente ans, les relations entre le Maroc et l’Union européenne (UE) se caractérisent par un équilibre entre pragmatisme politique, ouverture économique et convergence stratégique. Le processus de Barcelone de 1995 a marqué le début d’une coopération euro-méditerranéenne renforcée, consolidée par l’Accord du Statut avancé en 2008 et le Partenariat euro-marocain de prospérité partagée, faisant de l’UE le principal partenaire économique du Royaume. Dans un contexte régio ...
  • Authors
    Niagalé Bagayoko
    Eugène Berg
    Christophe Chabert
    Thierry Garcin
    Alain Oudot de Dainville
    Florent Parmentier
    Anne Sophie Raujol
    Hassan Saoudi
    October 23, 2025
    Prochainement disponible sur Livremoi & Amazon. Les Dialogues Stratégiques, fruit d'une collaboration entre le HEC Center for Geopolitics et le Policy Center for the New South, constituent une plateforme d'échanges biannuelle dédiée à l'analyse des grandes tendances mondiales et des problématiques régionalesqui lient l'Europe et l'Afrique. Réunissant praticiens, décideurs, universitaires et représentants desmédias, cet espace de réflexion permet de décoder les transfor ...
  • October 23, 2025
    The UN’s funding crisis, fueled by unpaid contributions and expanding mandates, is worsening as U.S. disengagement strains peacekeeping and development efforts, particularly in Africa. This shift also strengthens rivals like China and Russia and raises deeper questions about the legitim...